Quand un enfant en vient à croire qu’il n’est pas capable...
- Myriam Enseignante / Prof Artiste
- 11 juin
- 3 min de lecture

Hier, en suppléance, quelque chose m’a profondément marquée. Ce n’était pas un événement spectaculaire, ni une situation particulière qui attirait l’attention. C’était plutôt quelque chose de subtil, mais répété, presque banal… et pourtant lourd de sens.
À plusieurs reprises, j’ai entendu des enfants dire qu’ils étaient nuls, qu’ils n’étaient pas bons, qu’ils n’étaient pas capables. Ce n’était pas dit à la blague, ni pour chercher une réaction. C’était dit avec une forme de certitude tranquille, comme une vérité déjà intégrée. Ce qui m’a le plus bouleversée, ce n’est pas qu’ils l’aient exprimé, mais qu’ils y croyaient réellement en me répondant: «Veux-tu voir mes notes?»
Ces enfants-là, pourtant si jeunes, semblent déjà porter un jugement profond sur eux-mêmes. Un jugement qui ne reflète pas leur réelle capacité, mais qui s’appuie sur leurs résultats, sur ce qu’ils vivent à l’école, sur ce qu’ils entendent ou ressentent autour d’eux. Petit à petit, ils finissent par s’attribuer une étiquette et, surtout, par la renforcer intérieurement.
Et ce que j’ai observé ensuite est venu confirmer quelque chose de très préoccupant. Certains ne se mettaient même plus en action dans leurs travaux. Ils regardaient la feuille, hésitaient, puis abandonnaient avant même d’avoir essayé. Pas parce qu’ils n’étaient pas capables de comprendre, mais parce qu’ils étaient déjà convaincus qu’ils n’y arriveraient pas. Comme si l’issue était connue d’avance.
Voir ça m’attriste profondément. Parce que ce n’est pas qu’une phase, ni quelque chose de léger. C’est un signal clair qu’il se passe quelque chose à l’intérieur d’eux. Un red flag qu’on ne peut pas se permettre d’ignorer. Lorsqu’un enfant commence à se définir de cette façon-là, ce n’est jamais anodin. C’est une construction qui s’installe, une perception de soi qui risque de se solidifier avec le temps.
On ne peut pas laisser un enfant se dire qu’il est nul sans intervenir. On ne peut pas banaliser ces paroles en pensant que «ça va passer». Parce qu’à force d’être répétées, ces phrases deviennent une base sur laquelle l’enfant va se construire. Et à partir de cette base, il va apprendre, agir ou… ne plus agir.
Comme parent, nous avons un rôle à jouer dans ce qui se construit chez nos enfants. Un rôle important, même s’il n’est pas toujours simple. Celui d’entendre ce qu’ils disent d’eux-mêmes, de ne pas laisser ces phrases s’installer sans être remises en question, et de leur offrir une autre lecture. Une lecture plus nuancée, plus juste, plus humaine.
Mais il y a aussi une réalité plus inconfortable à regarder. Une réalité qui ne vise pas à culpabiliser, mais à comprendre avec lucidité.
Comment un enfant peut-il apprendre à croire en lui… si, dans son environnement, les adultes qui l’entourent ont eux-mêmes de la difficulté à croire en eux-mêmes ?
Ce n’est souvent pas conscient. Ce n’est pas volontaire. Mais c’est présent. Dans la manière de se parler, dans les gestes, dans les soupirs, dans les inquiétudes qui passent par le corps et le regard. Un enfant n’apprend pas seulement par ce qu’on lui dit. Il apprend beaucoup par ce qu’il observe et ressent.
Il voit un parent douter, se juger, se comparer, se rabaisser parfois sans même s’en rendre compte. Et même si ce parent lui répète qu’il est capable, le message qui est perçu peut être tout autre. Parce que l’enfant ne se nourrit pas uniquement des mots, mais de l’ensemble de ce qu’on incarne.
Ce n’est pas une invitation à être parfait. Ce n’est pas non plus une invitation à se juger davantage. C’est simplement une invitation à prendre conscience de l’impact que notre propre regard sur nous-mêmes peut avoir sur celui que l’enfant développe.
Parce qu’au final, un enfant ne se construit pas seul. Il se construit dans un environnement, à travers des interactions, des regards, des expériences répétées. Et lorsqu’il commence à perdre espoir en lui aussi tôt, c’est qu’il y a quelque chose qui mérite notre attention.
Peut-être que la première étape n’est pas de vouloir lui redonner confiance à tout prix, mais de s’arrêter un moment et de se demander ce qu’il est en train de voir, d’entendre et de ressentir au quotidien. Peut-être que c’est aussi de regarder ce que nous, comme adultes, nous portons intérieurement et qui se transmet parfois sans qu’on le réalise.
Nos enfants apprennent énormément de ce que nous incarnons. Et c’est souvent là que commence le changement : dans une prise de conscience douce, honnête, humaine, qui ne cherche pas à corriger rapidement, mais à comprendre profondément.
J'ose me dire qu'au moins, lors de mes journées de suppléance, je tente de leur implanter une parcelle d'espoir en leur expliquant comment fonctionne la programmation du cerveau et le pouvoir des mots. Même si souvent ils vont me contredire dans la vision que j'ai d'eux, je me dis que j'aurai au moins été un modèle positif. Et toi, quel modèle veux-tu être?



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